oPourquoi diable avoir accepté la proposition de Patrick, rencontré sur le marché de Lannilis fin octobre. Un verre de trop dans un bec de linotte, sans doute . Me voici presque à mon corps défendant, à écrire sur son blog que je lisais en riant de temps à autres. J'espère ne pas décevoir ses lecteurs, je ne raconte pas trop mal les histoires mais je cuisine le poisson comme une gourde, une quiche et tout ce qu'on voudra, sauf une endive. Enfin, la recette du turbot est de Patrick himself, vous pourrez la déguster sans méfiance! Voici comment tout est arrivé...
J'ai en Bretagne quelques rituels qui contribuent à me remettre aussitôt dans l'ambiance du pays. Ainsi, lorsqu'après avoir roulé les 623 kilomètres séparant Paris de la maison de Lannilis, après y avoir déposé les bagages et le chat, après avoir rétabli toutes les connexions, je ne parle pas d'internet mais d'eau et d'électricité, éventuellement de chauffage, ainsi disais je, nous allons déjeuner à L'Auberge des Abers, les jours de semaine et le samedi c'est formule bistrot au déjeuner. Je vous ai plusieurs fois parlé de cette maison , chère à mon coeur depuis mon enfance.
Là, tout en nous terminant de nous délasser autour d'un fabuleux risotto aux saint jacques, puis d'un excellent pavé de lieu jaune cuit au plus simple et au plus juste, on prend des nouvelles du coin, Jean-Luc et Anne-Laure délaissant par bribes qui cuisine, qui service et cave, pour venir boire un verre ou causer, bien entendu nous faisons la fermeture et des projets.
Depuis quelques temps, je me suis un peu réinvesti dans des activités blogosphériques de la vraie vie et pas seulement sur écran. L'Atelier des Chefs m'a fait l'honneur de m'inviter dans le jury parisien de la Cuisine Cup, consacrée cette année au saumon, vous pouvez encore y participer .
J'ai d'abord cru à une blague lorsqu'on m'a invité à réaliser une recette en direct-live au Salon des Blogs Culinaires à Soissons, non que je ne m'imagine pas cuisiner dans un salon, c'est très souvent là que j'épluche mes légumes, voire que j'ouvre les huîtres ou habille crevettes et calamars, il y faut un peu d'habitude pour ne pas tout salir et Cuisine TV en fond visuel, je ne regarde quasiment jamais la télé, sauf à ces moments.
Normalement, ce billet aurait dû paraître vendredi dernier, en conjonction avec l'ouverture du Mondial de l'automobile, avec une recette de turbot ou de tacaud que je conserve sous le pied depuis cet été. L'idée paraissait tenir la route, mais à force de tourner en rond sur des thèmes périphériques, le billet est allé dans le décor, car je piétinais, aussi rouge de colère que le petit bonhomme qui n'a pas le droit de traverser au feu, lui-même vert.
Alors freiné dans mon élan, j'ai compressé mon turbot et garé mon tacaud, en attendant une meilleure inspiration, laquelle m'a été apportée par Anaïk , l'une des personnes que j'apprécie le plus sur la blogosphère (et laisser dire); croyez moi, je ne suis du genre lèche-culinairelèche-culinaire, c'est depuis longtemps un énorme plaisir de la lire.
Coquillages et Echinodermes
Coquillages farcis
Bigorneau
Les bigorneaux
Une chose est sûre lorsqu'on exerce l'improbable métier de blogueur, plus on publie et plus on a de lecteurs, à condition toutefois de n'être pas que confidentiel. A force d'avoir glandé tout l'été, vous n'êtes plus qu'une poignée d'interactifs à passer croquer mes fruits de mer plus ou moins défendus. Si je ne réagis pas, CdM va se transformer en un site tout venant, fréquenté quasi exclusivement par les robots de recherche et quelques milliers d'anonymes plus ou moins sains d'esprit. Rien qu'aujourd'hui, trois dangereux maniaques sont arrivés sur ces pages en tapotant dans Google : "huile de vieux merlans", "tuer un poulpe" et "comment cuisiner la raie".
J'ai récemment reçu comme beaucoup de blogueurs, un mail provenant d'un site qui fait la promotion du surimi, à chacun ses perversions, mais puisqu'ils sont passés par le lien "Contactez l'auteur" de CdM pour envoyer leur spam, ils auraient pu jeter un coup d'œil et se rendre compte que le surimi et moi, on n'est pas copains.
Je déteste, alors que le poisson sauvage est en voie de disparition, qu'on exerce une pression sur les stocks de certaines espèces, comme le colin d'Alaska, le merlan bleu, et d'autres parfois pêchés en vrac, pour aboutir à ce truc industriel pré-mâché, la négation d'un produit naturel. J'en ai déjà parlé aux débuts de ce blog, vous allez lire ici . Après, on viendra dire que ce sont de bonnes protéines, avec un bon goût de crabe, on croit rêver ou ne jamais avoir mangé de crabe.
"Tant qu'il y aura des ormeaux...", affirme ce dicton inachevé du Nord Finistère, un endroit où on grandit avec les ormeaux de croissance, tandis que les ormes sont décimés par une terrible maladie. Je me souviens d'une arrivée en Touraine, sac au dos et fourbu, cherchant la maison d'un copain, une dame m'a renseigné ainsi "Prenez à droite après le grand'ormeau". Le temps que je comprenne qu'elle se référait à un arbre, je me suis perdu deux ou trois fois, curieuses contrées que celles qui ne sont pas en bord de mer…
L'ormeau normal se différencie de la Laure Manaudou par le fait qu'il peut rester dans l'eau longtemps. Tandis que la nageuse, malgré ses efforts pour s'attarder dans la piscine, finit toujours par se cogner la tête en arrivant au bout et à vouloir s'en sortir, quitte à tirer sur la corde. Cela dit, l'ormeau ne nage pas, pas plus que l'ormeau n'hale.
Il n'y a pas à tortiller, cette période estivale (?) me transforme en bigorneau lové dans sa coquille, tel un serpentin d'alambic recroquevillé au creux d'un bistrot de campagne. Bref, je manque de ressort, mais pas de tire-bouchon. J'ai les idées qui partent facilement en vrille, incapable d'aligner le moindre projet. Ajoutez à cela un tourbillonnant vent de suroît installé depuis mon retour dans les abers, nous livrant huit fois par jour ses volutes de pluie et de soleil, et avouez qu'on ne peut rien entreprendre de sérieux dans une ambiance aussi virevoltante...
... Sinon laisser faire le temps et se défaire, en comptant les nuages passant comme des bolides. Recevoir les mails de quelques fidèles s'inquiétant de ma survie : puisque je n'ai rien publié sur CdM depuis un mois au moins, c'est potentiellement que suis mort ou en panne d'électricté. Non, j'étais seulement à quai, faisant la tournée des cafés du port.
Je réponds à nouveau à mes amis de la Table Monde qui m'ont demandé d'un peu raconter la mer cet été, afin d'illustrer la nouvelle étape des "Mille et Une Escales ", dont à défaut d'être le mécène et le pilote, je suis le sponsor et le skipper.
Je vous l'ai dit, la mer semble immense, on n'en voit pourtant que le dessus. Sur la mer vont les vagues, lorsque vous pensez contempler l'océan, ce sont elles que vous regardez. Leurs mouvements les plus déchaînés comme les plus imperceptibles sont une source inépuisable de rêveries , je vous en confie quelques unes de plus.
J'ai songé durant ce texte à une autre amoureuse de la mer et des mots. Lenverre son nouveau blog, n'est plus de cuisine
, dommage et tant mieux peut-être ... les épices sans le pain, c'est bien aussi.
Vagues propos sur la houle