J'ai en Bretagne quelques rituels qui contribuent à me remettre aussitôt dans l'ambiance du pays. Ainsi, lorsqu'après avoir roulé les 623 kilomètres séparant Paris de la maison de Lannilis, après y avoir déposé les bagages et le chat, après avoir rétabli toutes les connexions, je ne parle pas d'internet mais d'eau et d'électricité, éventuellement de chauffage, ainsi disais je, nous allons déjeuner à L'Auberge des Abers, les jours de semaine et le samedi c'est formule bistrot au déjeuner. Je vous ai plusieurs fois parlé de cette maison , chère à mon coeur depuis mon enfance.
Là, tout en nous terminant de nous délasser autour d'un fabuleux risotto aux saint jacques, puis d'un excellent pavé de lieu jaune cuit au plus simple et au plus juste, on prend des nouvelles du coin, Jean-Luc et Anne-Laure délaissant par bribes qui cuisine, qui service et cave, pour venir boire un verre ou causer, bien entendu nous faisons la fermeture et des projets.
Une chose est sûre lorsqu'on exerce l'improbable métier de blogueur, plus on publie et plus on a de lecteurs, à condition toutefois de n'être pas que confidentiel. A force d'avoir glandé tout l'été, vous n'êtes plus qu'une poignée d'interactifs à passer croquer mes fruits de mer plus ou moins défendus. Si je ne réagis pas, CdM va se transformer en un site tout venant, fréquenté quasi exclusivement par les robots de recherche et quelques milliers d'anonymes plus ou moins sains d'esprit. Rien qu'aujourd'hui, trois dangereux maniaques sont arrivés sur ces pages en tapotant dans Google : "huile de vieux merlans", "tuer un poulpe" et "comment cuisiner la raie".
"Tant qu'il y aura des ormeaux...", affirme ce dicton inachevé du Nord Finistère, un endroit où on grandit avec les ormeaux de croissance, tandis que les ormes sont décimés par une terrible maladie. Je me souviens d'une arrivée en Touraine, sac au dos et fourbu, cherchant la maison d'un copain, une dame m'a renseigné ainsi "Prenez à droite après le grand'ormeau". Le temps que je comprenne qu'elle se référait à un arbre, je me suis perdu deux ou trois fois, curieuses contrées que celles qui ne sont pas en bord de mer…
L'ormeau normal se différencie de la Laure Manaudou par le fait qu'il peut rester dans l'eau longtemps. Tandis que la nageuse, malgré ses efforts pour s'attarder dans la piscine, finit toujours par se cogner la tête en arrivant au bout et à vouloir s'en sortir, quitte à tirer sur la corde. Cela dit, l'ormeau ne nage pas, pas plus que l'ormeau n'hale.
Je constate depuis quelques billets que CdM néglige son fondement pédagogique, que je glisse sur les pentes sablonneuses des états d'âmes, des épisodes bisounours avec ma fille ou autre promenade familiale, en gros que le didactique n'est plus toujours au rendez-vous chaque semaine, grosse fatigue...
Il fallait réagir et dès vendredi dernier, après une journée déjà chargée en libations, je me suis enfermé en séminaire avec une bouteille de très vieux rhum Hardy, de Tartane , une boîte de Cohiba Magicos et mon PC portable. Les brainstormings, j'ai les ingrédients et l'expérience nécessaires pour les traverser en navigateur solitaire, sans pilote, sans arrêt au port, ni bouée ni parachute!
Je n'ai hélas que de peu temps pour aller lire les blogs voisins, mais quand même, ils sont quelques uns dont la lecture m'est une détente incontournable. Surtout ces temps-ci, dans la tourmente des marchés financiers et l'inconscience de ces marchands de crédits qui se prennent pour des banquiers, ces derniers étant tout aussi inconsistants, bêtes au point de racheter plus cher ce qu'ils viennent de vendre à de pseudo assureurs. Si çà intéresse quelqu'un , on peut en discuter en privé, le topic du thread étant "On se tient par la barbichette, merde, je croyais pourtant m'être rasé!".
La scène se passe dans une poissonnerie, à "La Marée de Morteau", Monsieur et Madame Roger-Grondin, les tauliers, s'engueulent comme du poisson pourri, il est rouge comme un homard tandis qu'elle souffle comme un cachalot. Les noms d'oiseaux pleuvent à s'y noyer.
Nous sommes peu avant l'ouverture. Il baille comme une palourde tout en disposant sur la glace des colins qu'il serre comme des sardines. Elle actualise les étiquettes, tout en prenant bien soin de placer le disque [Élevé] / [Pêché], en position intermédiaire lorsqu'il s'agit de poissons d'élevage… je suis certain que vous l'avez vue plusieurs fois cette petite arnaque, de vrais requins je vous dis, des oursins plein les poches! Elle l'accoste ainsi :